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Les enjeux

Dimanche le 11 Octobre 2009.
Au Québec, le marché de la construction domiciliaire est régi de façon unique par différents intervenants, certains prônent le changement, d’autre le statuquo en matière de nouvelles normes.

Ces forces vives s’affrontent constamment et ne réussissent en fait qu’à engluer un processus d’évolution nécessaire à un changement bénéfique pour les principaux intéressés, c'est-à-dire les consommateurs.  

Le manque de leadership des intervenants du milieu de la construction en ce qui a trait à la mise en place de normes sévères concernant la construction domiciliaire condamne les acheteurs de nouvelles résidences à choisir entre deux options, Novoclimat et conventionnel, le résultat est assez décevant car à peine 10% des nouvelles constructions reçoivent la certification Novoclimat, un non sens selon nous.

 Associations patronales, syndicales, organismes gouvernementaux, lobby  etc. sont au cœur des tractations concernant les modifications à apporter à notre façons de construire, nous sommes loin derrière le reste du Canada et à des années lumières de l’Europe en ce qui concerne l’efficacité énergétique de nos bâtiments. Toutes les discussions, études, consultations effectuées dans le but d’améliorer nos techniques de construction démontrent que le problème est réel, mais d’un autre coté les forces vives qui régissent le marché nous ramènent constamment au statu quo.

Il est particulièrement désolant de constater que la mise en application du CNB 2005 provoque autant de résistance sur le marché, car, c’est une norme minimale qui aurais dû être adoptée par décret dès le début...Mais non, encore une fois, les multiples protestations des diverses associations reportent son adoption d’année en année, ce qui fait que, en 2011 ou 2012, lors de sa mise en force, il sera déjà désuet.

Ce report, soi disant pour permettre aux membres de s’adapter aux conséquences des ces divers changements est en réalité néfaste car il permet encore la construction d’enveloppe selon des normes datant déjà de plusieurs décennies.

La cause principale ?

Le supposé faible coût de l’énergie qui limite la rentabilité des améliorations éco énergétiques. L’amortissement financier de mesures efficaces et novatrices est présentement trop long pour être alléchant aux yeux des familles de la classe moyenne, par contre, les gens aisés investissent de plus en plus dans cette voie, eux en ont les moyens.

Comment les consommateurs, conseillés présentement par leur constructeurs réagiront lors de l’augmentation des coûts énergétiques sur disons, une dizaine d’années ?

Imaginez le coût par KW majoré de .07 à .18, ce sera assez catastrophique pour bien des familles, mais réaliste par rapport au prix du marché projeté pour cette période en Amérique du nord.

Du même coup, cette prévision semble assez juste car les coûts de productions des nouvelles centrales sont estimés à 10.3 sous du kW.

Comment expliquer cette aberration à ceux qui possèdent des résidences récentes, soi disant bien conçues, dont les performances énergétiques ont été reléguées au second plan au profit de certains artifices inutiles permettant de lui conférer le statut haut de gamme, de plus, la superficie des espaces de vie est souvent exagérée.

L’acheteur moyen n’est pas informé de ce genre d’enjeu.

Notre gouvernement provincial est parvenu, après plusieurs années de tergiversations et d’acrobaties d’ordre comptables, à réaliser que nous sommes finalement rendus à l’heure de vérité et que nous nous dirigeons droit dans un mur… Ce qui, normalement ne devrait pas être possible en ayant les deux mains sur le volant.

Des décisions difficiles et possiblement coûteuses au point de vue politique sont à prévoir au cours du dépôt du prochain budget au printemps 2010, la crise économique mondiale semble vouloir s’estomper, il sera alors le temps de penser à renflouer les coffres afin de maintenir les services tel que nous les connaissons présentement.

Les choix portants sur l’augmentation des tarifs de divers services gouvernementaux commencent déjà à faire des vagues au niveau de la population, il n’y a qu’à lire les journaux pour constater que le gouvernement Charest ne l’aura pas facile.

L’opposition officielle ainsi que la population critiquent les choix envisagés en se gardant bien d’apporter des solutions viables, d’un autre coté le gouvernement en place va encore nous diriger vers d’interminables consultations publiques qui ne règleront pas grand choses aux problèmes si ce n’est qu’il permettra encore une fois de constater qu’ils sont incapables de faire ce pourquoi on les paye, c'est-à-dire gouverner, ils auraient avantage pour une fois, de prendre les décisions qui s’imposent maintenant et de tâcher pendant les trois dernières années de leur mandat de trouver des solutions durables afin de faire passer la pilule.

C’est un peu comme si nous mettions tous nos achats sur la carte de crédit en payant simplement le solde minimum exigé mensuellement,  et que lorsque que la limite est atteinte, après de multiples augmentations, nous critiquions les compagnies émettrices en refusant de payer plus mensuellement tout en continuant d’y porter nos achats, c’est un peu comme ça que nous agissons au Québec.

Faut croire que la lucidité n’est pas toujours au rendez-vous quand on augmente les prix des friandises pour une bande d’enfants gâtés.

En ce qui nous concerne, en tant que constructeurs, c’est l’augmentation des tarifs d’électricité maintes fois envisagée par différentes personnalités publiques au fil des ans, cette fois, les astres semblent alignés pour la mise en place de hausses assez substantielles qui prendront effets dans un avenir rapproché, Des mesures d’encouragement à l’efficacité énergétique financées à même l’augmentation des tarifs sont déjà prévues dans le scénario, il est mentionné qu’une somme de près de 300M$ serait allouée afin d’aider les moins fortunés à réduire leurs consommation, reste à déterminer la méthode d’application, probablement basée sur le revenu familial (encore une fois...Ce qui fait que la majeure partie des propriétaires de la classe moyenne en feront encore les frais) en ce qui concerne les améliorations sur les bâtiments plus anciens.
 soyez assuré que le bloc patrimonial y passera et que d’ici une dizaine d’années nous aurons probablement rejoint le prix du marché... Mais au fait quel est le prix du marché ? et de quel marché parlons nous ? 
Le marché Canadien...ou Américain, et sur quoi basons nous ce prix du marché, sur le prix à l'exportation (.06 sous du kwh en moyenne) ou sur les tarifs pratiqués dans les autres régions, ce qui est sujet à plusieurs variables, étant donné que les sources d'énergie reliée au chauffage des espaces diffèrent d'une région à l'autre et que les technique de production de l'électricité diffèrent tout autant...Les grilles tarifaires sont aussi variées ainsi que les types de marchés, ouverts ou monopolistiques.
Pas facile d'en établir le juste prix dans ce cas ! 
D'après notre gouvernement, c’est la solution la plus rentable et surtout la plus facile d’application, ils n’ont pas les moyens de s’en priver, surtout que la population ne veut rien entendre d’une réduction de services. Nous devrons donc modifier nos pratiques afin d’être prêts techniquement à répondre à la demande grandissante concernant la réduction de la consommation énergétique des futures résidences, les solutions devront êtres durables et éprouvées, elles existent déjà, il ne suffit que de les mettre en application.
Une évidente prise de conscience s'impose et ce, assez rapidement, vaudrait il mieux investir massivement dans l'efficacité énergétique ou bien continuer de construire de nouveaux barrages qui coûtent de plus en plus cher, environementalement parlant, c'est un choix qui s'impose, harnacher jusqu'à la dernière de nos rivières et disposer de surplus ingérables et non rentables ou réduire notre consommation en vendant nos surplus à juste prix. C'est un pensez y bien.

La réglementation, elle, changera, soyez prêts à y faire face, il en va de la survie de votre entreprise.

Les solutions

Elles sont multiples, simples ou complexes, mais efficaces au point de vue rendement.
La première serait de modifier la grille tarifaire, opération plus complexe, mais combien plus équitable. il serait possible de moduler les tarifs en fonction des périodes de pointes ou tout simplement en abaissant le coût au KWH pour la première tranche de consommation...

* La modulation des tarifs hors pointe aurait le mérite de concentrer les applications les plus énergivore en période de basse consommation pour équilibrer la demande, un volet de cette option consisterait à modifier les habitudes de consommation de la population. Afin de les sensibiliser aux mérites de cette option, une réduction importante des tarifs en périodes hors pointe est déjà envisagée, consultez le site web du projet pilote
" heure juste" d'Hydro Québec .
Un des avantages certain de cette méthode est la conception de résidences adaptées à ce mode de facturation, l'intégration du principe de la masse thermique lors de la construction d'une nouvelle résidence permettrait de concentrer la période de chauffe ou de climatisation hors de la période de pointe, et ce, de façon automatisée.
 
* La modification de la présente grille tarifaire est la seconde option et la plus facile d'application, imaginez un mode de facturation identique mais avec des taux différents.
*
Les 40 premiers KWH par jours facturés à 3.5 sous
*
le reste de la consommation à 10 sous le KWH
Ceci aurais le mérite de baisser le compte de la majorité des familles à faible revenu et des gens sensibilisés et surtout de faire payer aux grands consommateurs le juste prix.

D’un autre coté, pour éviter qu’à long termes des résidences inefficaces prolifèrent sur le marché de la revente, l'obligation de fournir, lors de toute transaction immobilière, une évaluation énergétique du bâtiment produite par une firme spécialisée, cette idée fait son chemin, de plus une amélioration de la procédure concernant l’octroi des subventions à la construction neuve devrait être sérieusement envisagée, le montant alloué devrait l’être en fonction du rendement énergétique de la résidence à être construite, ce qui est simple d’application car les outils existent déjà et les réseaux d’inspection  en place depuis l’avènement du programme Novoclimat.

Cette forme d’octroi pourrait facilement être basée sur la cote energuide obtenue lors d’une modélisation obligatoire avant le début des travaux de construction.

Présentement une résidence certifiée Novoclimat donne 2000.00$ à son propriétaire et 750.00$ à son constructeur, elle atteint une cote de 78 ou 79 sur l’échelle energuide, une certification R-2000 ne donne pas plus d’argent même si elle obtient 80 sur la même échelle, elle coûte pourtant près de 2000.00$ de plus qu’une résidence Novoclimat, donc si vous monter dans l’échelle attendez vous à des surcoûts de plus en plus importants, la cote 100 étant une résidence qui ne demande aucun achat d’énergie.

Le surcoût total pour une résidence Novoclimat standard est de près de 6000.00$, il reste un résiduel moyen de 3250$ à être absorbé par l’acheteur, en consommant 25% moins d’énergie au taux actuel (consommation moyenne de 1200$/année) l’amortissement de cette dépense supplémentaire s’étale sur plus de 10 ans, voilà le calcul et la cause du faible taux de participation.

La mise en application du code national du bâtiment 2005 viendra donnez force de loi aux normes établies par le programme novoclimat en les intégrant dans la nouvelle réglementation d’ici 2012, du même coup les subventions cesseront car cette façon de construire deviendra la règle pour toute l’industrie.

Novoclimat évoluera certainement, mais les principales balises ne sont pas encore vraiment établies.

Pour l’instant toute la pertinence liée à l’amélioration du rendement énergétique des résidences multi et unifamiliales est mise à l’épreuve par les faibles tarifs et les surplus de production, ce qui fait que la fin de la culture du gaspillage de l’énergie dans ce domaine est loin d’être terminée.

Une grande question se pose, construisons nous des résidences jetables dont la durée de vie se situe sous les dix ans,  pas vraiment, la plupart atteindrons cinquantaine d’année facilement sans trop de travaux majeurs, est-ce un manque total de vision ?

 Projetons-nous dans une dizaine d’années et essayons de déterminer où en sera rendu le coût de l’énergie, selon certains experts en la matière, il serait assez juste d’envisager un taux réaliste de près de 18 sous du kilowatt pour l’année 2020, dans ce cas, imaginons notre petite maison type avec un compte annuel de 1200.00$ qui passerais à 3000.00$...Imaginez maintenant la résidence de 50 ans de style cottage de 2500 à 3000 pc dont le compte moyen oscille plus vers les 3000.00 présentement, ça vous dirais une facture de 7500.00$.

Quels seront aussi les conséquences pour la valeur du parc immobilier ancien…Possiblement assez désastreuses. Nous pourrions continuer longtemps de faire l’apologie de l’efficacité énergétique et il serait utopique de croire que les hausses ne seront jamais appliquées, elles le seront bien avant les coupures dans les services gouvernementaux dits essentiels comme la santé et l’éducation.

Un plan d’action

Des changements profonds se profilent à l’horizon, la mise en application étendue du principe de l’utilisateur payeur modifiera grandement notre perception des principes de fonctionnement du système gouvernemental Québécois, le temps est venu d’en payer les frais.

Notre rayon d’action en tant qu’entrepreneurs en construction se limite à la construction bien entendu, mais socialement parlant, la responsabilité nous incombe de créer un environnement bâti qui préservera la sécurité financière des propriétaires en priorisant l’efficacité énergétique, la durabilité et la qualité de l’environnement intérieur (maison saine).

L’achat d’une maison est nettement le plus gros investissement qu’une famille fera au cours de sa vie, il est primordial que cette décision importante crée de la richesse, ou du moins la préserve.

Le consommateur moyen n’est pas sensibilisé à ce type d’enjeu et il se fie à l’expertise des entrepreneurs qui, eux non plus ne le sont pas (en majorité), donc ceci nous mène à l’intérieur d’un cercle extrêmement vicieux où l’acheteur est confronté à une offre abondante et une compétition féroce entre les entrepreneurs, il s opteront souvent pour ce qu’ils voient et ce qu’il paient, c'est-à-dire de belles armoires, des appareils de plomberie luxueux, la climatisation, de très grandes fenêtres ,des finis de planchers  exotiques, des boiseries luxueuses et une plus grande superficie…Pour ce qui est de ce que l’on ne voit pas, ils s’en remettront au jugement de leur entrepreneur.

Voilà en gros ou on en est maintenant et, tout au long de ces lignes, vous avez sûrement compris vers où on s’en va.

La solution se trouve du coté de la réglementation en partie seulement, car voyez vous, nous sommes encore régis par le code du bâtiment 1995, la marche est assez haute entre les deux versions (CNB 2005) et les délais reliés à la mise en force des nouveaux codes sont beaucoup trop long.

L’autre partie de la solution est l’augmentation des tarifs liée à un programme d’incitatifs monétaires vraiment sérieux, ce programmes pourrait être mis en place rapidement, il ne reste qu’à former des entrepreneurs à l’intégration de nouvelles techniques, ce qui, étant donné la teneur des subventions disponibles  ne devrait pas être un problème.

Donc si les décideurs décident d’aller de l’avant avec les hausses, ils devront inévitablement adopter des mesures assez draconiennes afin de modifier le comportement de la population…Le bon vieux principe de la carotte et du bâton…ça devrais fonctionner.

Alain Hamel

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